Dans le contexte actuel de bouleversements géopolitiques et d’incertitude économique, nous, les membres du Conseil consultatif du G7 sur l’égalité des genres de 2025, souhaitons, rappeler aux dirigeantes et aux dirigeants du G7 les engagements qu’ils ont pris en vue d’assurer l’égalité des genres et de renforcer le pouvoir des femmes et des filles dans toute leur diversité. Nous exhortons les dirigeantes et les dirigeants du G7 à donner suite aux préoccupations qu’ils ont exprimées l’an dernier au sujet du recul des droits des femmes, des filles et des personnes LGBTQIA+ (lesbiennes, gais, bisexuels, et personnes trans, queers, intersexuées, asexuelles et autres) et à continuer d’intégrer l’égalité des genres dans tous les domaines des politiques, comme ils se sont engagés à le faire de longue date.
Les inégalités entre les genres sont toujours aussi présentes dans les économies, les sociétés et les processus de prise de décision politique dans le monde entier. Les femmes sont nettement sous-représentées dans tous les secteurs que les dirigeants et les dirigeantes du G7 cherchent à promouvoir cette année – depuis l’intelligence artificielle (IA) et les technologies quantiques jusqu’aux minéraux critiques, en passant par la gestion des feux de forêt et la mobilisation de capitaux privés à l’appui des infrastructures – de même que dans les pourparlers de paix appuyés par les membres du G7. Les femmes gagnent moins que les hommes. Elles consacrent 2,5 fois plus de temps aux tâches domestiques et aux soins non rémunérés[1], et elles ont moins accès aux capitaux et aux services financiers. Dans le monde entier, les femmes et les filles sont victimes de violence sexuelle et fondée sur le genre, qu’il s’agisse de harcèlement au travail, de violence conjugale, d’hypertrucages pornographiques générés par l’IA ou de violences sexuelles dans les zones de conflit, y compris des conflits alimentés par la quête de minéraux critiques. Un changement structurel s’impose.
Si le G7 adopte de nouvelles initiatives sans intégrer la dimension de genre, il aggravera de fait les inégalités existantes. Il manquera aussi une occasion importante de bâtir des sociétés plus sûres et plus prospères, comme le montrent constamment les études entre l’égalité des genres et la paix, la sécurité et la croissance économique. Par exemple, comparativement aux pays où les femmes représentent 40 % de la population active, ceux où cette proportion n’est que de 10 % sont près de 30 fois plus susceptibles de connaître des conflits internes[2]. Si le retard des femmes était comblé au chapitre de l’emploi et de l’entrepreneuriat, notamment dans les domaines d’action prioritaires du G7, le PIB mondial pourrait bondir de plus de 20 %, ce qui reviendrait essentiellement à faire doubler le taux de croissance mondial actuel au cours des 10 prochaines années[3]. Les gouvernements réaliseraient d’importantes économies s’ils mettaient fin à la violence fondée sur le genre, qui leur coûte jusqu’à 3,7 % de leur PIB[4]. L’élimination du fossé numérique entre les genres pourrait se traduire par des économies de 500 milliards de dollars américains dans les années à venir[5]. Dans le secteur financier, 70 % des petites et moyennes entreprises (PME) qui appartiennent à des femmes ont un accès insuffisant, voire nul, aux services, financiers, et on estime à 1 700 milliards de dollars américains le manque de financement des entrepreneures à l’échelle mondiale[6], ce qui représente des possibilités considérables de développement économique inexploité.
Alors que le G7 cherche à investir dans ces secteurs tout en luttant contre la répression transnationale et la migration clandestine, il a une occasion historique de réaliser tout le potentiel de l’égalité des genres et de prendre les devants pour stimuler la productivité, l’innovation et un changement structurel en vue de créer des sociétés plus égalitaires, plus stables et plus prospères au sein du G7 et au-delà.
Pour honorer leurs engagements et obtenir de meilleurs résultats pour tous et pour toutes, nous appelons les dirigeantes et les dirigeants du G7 à prendre les mesures suivantes :
Mobilisation de capitaux privés
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Investir dans l’égalité des genres en alimentant généreusement les institutions de financement du développement en fonds de contrepartie et en capitaux susceptibles d’exercer un effet catalyseur, pour attirer les investissements privés à l’appui d’infrastructures dont tous les genres pourront bénéficier équitablement; appliquer à plus large échelle des instruments d’investissement novateurs éprouvés, comme le Fonds Égalité, afin de fournir un financement durable aux organismes de défense des droits des femmes; assurer la prise en compte de l’égalité des genres dans les obligations liées aux infrastructures, en partenariat avec les banques multilatérales de développement et des investisseurs institutionnels.
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Accroître la responsabilité en imposant des critères d’investissement dans des fonds d’infrastructure qui tiennent compte de l’égalité des genres; établir une certification du G7 pour les infrastructures assurant un accès égalitaire des genres, qui incite les promoteurs privés à respecter des normes élevées en matière d’inclusion; renforcer la collecte, l’analyse et l’utilisation de données ventilées selon le sexe ou le genre, y compris dans le rapport d’étape du Partenariat du G7 pour l’infrastructure et les investissements mondiaux.
Nouvelles technologies – IA et technologies quantiques
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Éliminer les biais de genre dans les données d’entraînement de l’IA; accroître la participation des femmes dans la conception et la gouvernance de l’IA et des technologies quantiques, en vue de compter au moins 30 % de femmes à des postes de direction, au sein des conseils d’administration et dans des rôles de gouvernance dans ces secteurs d’ici 2028; soutenir l’adoption de l’IA par les PME dirigées par des femmes; lancer des programmes pour l’éducation des filles, notamment du mentorat, des bourses, des stages et une orientation professionnelle; créer un fonds d’innovation du G7 de 1 milliard de dollars américains pour les femmes en technologie, afin de fournir du capital de démarrage et d’expansion aux entreprises d’IA et de technologies quantiques fondées par des femmes.
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Protéger les femmes et les filles contre la violence et le harcèlement facilités par l’IA, comme les hypertrucages pornographiques, par la promotion de normes mondiales, l’adoption de lois et l’application des lois sur les droits de la personne; mettre en place des systèmes de soutien pour les victimes de violence facilitée par l’IA; mieux conscientiser les filles et les garçons au moyen de campagnes de sensibilisation menées en ligne et dans les écoles.
Minéraux critiques
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Accroître la responsabilité et optimiser les retombées sociales et économiques positives grâce à l’adoption de cadres juridiques, de normes internationales et d’accords diplomatiques et commerciaux favorisant l’égalité des genres, qui garantissent que les entreprises luttent contre la violence fondée sur le genre, respectent les droits des Autochtones et assurent la protection des défenseurs et défenseuses de l’environnement et des droits de la personne.
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Investir dans le renforcement des capacités des gouvernements et d’autres acteurs pour obtenir des évaluations d’impact et des mécanismes de réparation qui tiennent compte de la dimension de genre; améliorer les systèmes de prévention et d’intervention face à la violence fondée sur le genre; donner aux femmes les moyens d’investir dans les chaînes de valeur des minéraux; financer des collectifs œuvrant pour l’autonomisation des femmes et pour une justice respectueuse de l’égalité des genres; établir des dispositions paritaires en matière de congé parental et les faire respecter, et assurer une couverture équitable des soins de santé pour les employés et les employées ainsi que leurs familles; promouvoir des modalités de travail flexibles.
Répression transnationale
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Renforcer les stratégies de lutte contre la répression transnationale en incluant la dimension de genre dans la définition du G7 de la répression transnationale, et souligner que la répression transnationale touche les personnes différemment selon leur identité de genre et leur orientation sexuelle; mieux sensibiliser le public en faisant appel aux médias de service public pour veiller à ce qu’il existe du contenu fiable que les plateformes de médias sociaux puissent relayer.
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Renforcer la capacité des gouvernements et des organisations de la société civile à faire face aux aspects de la répression transnationale qui sont fondés sur le genre, en veillant à ce que les nouveaux protocoles et trousses d’outils d’intervention du G7 abordent explicitement ces aspects et utilisent des données ventilées selon le sexe ou le genre; financer des organisations féministes et LGBTQIA+ actives dans ce domaine; financer la recherche sur les aspects de la répression transnationale liés au genre dans les domaines où les vulnérabilités fondées sur le genre sont souvent exploitées; former les fonctionnaires sur la dimension de genre de la répression transnationale.
Feux de forêt
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Accroître la participation et le rôle directeur des femmes dans l’ensemble des politiques, des programmes et des initiatives qui soutiennent la prévention des feux de forêt, l’intervention face aux feux et le rétablissement subséquent, notamment en s’attaquant aux obstacles au recrutement et à l’avancement professionnel des femmes en tant que pompières, tels que les stéréotypes sexistes, l’équipement conçu pour les hommes, la discrimination fondée sur le genre et le harcèlement sexuel.
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Apprendre des pratiques d’aménagement forestier des Autochtones et inclure des praticiens et des praticiennes autochtones dans les discussions sur les feux de forêt et les efforts visant à soutenir toutes les étapes de la gestion des urgences; faciliter le partage des pratiques exemplaires autochtones et autres entre les membres du G7 et avec des pays tiers, ceci allant des pratiques d’aménagement forestier aux mesures visant à répondre aux besoins particuliers des femmes et des groupes marginalisés pendant l’intervention et le rétablissement.
Migration clandestine
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Tenir compte de la dimension de genre de la migration clandestine dans les discussions et les engagements du G7 à ce sujet.
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Veiller à ce que les agents et les agentes des services frontaliers et les autres responsables de l’application de la loi soient formés au sujet de la dimension de genre de la migration clandestine, afin d’accroître leur capacité à reconnaître les besoins et les vulnérabilités des femmes et des filles dans ces contextes et à y répondre.
Les femmes, la paix et la sécurité
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Mettre en œuvre des plans d’action sur les femmes, la paix et la sécurité (FPS) en faisant respecter le droit international humanitaire et le droit international en matière de droits de la personne; financer des organisations locales de consolidation de la paix dirigées par des femmes; éliminer les obstacles systémiques à la participation des femmes aux processus de paix, comme les lois discriminatoires, les normes culturelles et l’absence de structures de soutien; lutter contre l’impunité en cas de violences sexuelles liées aux conflits; intégrer le cadre FPS dans les programmes de défense, de diplomatie et de développement.
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Inclure les femmes locales œuvrant pour la paix dans les discussions du G7 sur l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, Israël et la Palestine, le Myanmar, le Soudan, l’Ukraine et d’autres contextes fragiles et touchés par des conflits, tant au niveau des dirigeantes et dirigeants du G7 qu’à la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères.
Analyse comparative entre les genres, données et responsabilité
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Renforcer la capacité des pays du G7 à effectuer des analyses comparatives entre les genres et à mettre en œuvre des politiques et des programmes visant à favoriser l’égalité des genres.
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Investir dans des données complètes ventilées selon le sexe et le genre afin d’accroître la responsabilité et d’éclairer les décisions politiques.
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Renforcer le tableau de bord du G7 sur les écarts entre les genres en améliorant ses indicateurs, notamment sur les femmes dans le domaine de l’IA et sur la violence fondée sur le genre.
Investir dans l’égalité des genres
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Veiller à ce que des ressources soient affectées aux engagements du G7 en matière d’égalité des genres.
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Mettre en place une budgétisation tenant compte de l’égalité des genres dans tous les pays membres du G7, afin de lutter contre les inégalités économiques et d’assurer l’affectation de ressources pour remédier aux écarts persistants entre les genres.
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Réserver des fonds de l’aide au développement international et des budgets nationaux aux organisations de défense des droits des femmes afin d’améliorer les résultats dans tous les domaines d’action du G7.
Éducation
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Fixer des objectifs ambitieux et réviser les programmes scolaires afin d’accroître la participation des femmes à l’IA, aux technologies quantiques et à la production de minéraux critiques; renforcer les connaissances financières des femmes; promouvoir des normes positives liées au genre, notamment pour favoriser l’appui des hommes en tant qu’alliés et prévenir la violence fondée sur le genre sous toutes ses formes.
Notes de bas de page
[1] ONU Femmes et Département des affaires économiques et sociales (DESA) de l’ONU, Progrès vers la réalisation des objectifs de développement durable : Gros plan sur l’égalité des sexes 2024, 2024.
[2] Mary Caprioli, « Gendered Conflict », Journal of Peace Research, vol. 37, no 1, 2000, p. 51 à 68.
[3] Groupe de la Banque mondiale, Les femmes, l’entreprise et le droit, 2024.
[4] Groupe de la Banque mondiale, 2018, (en anglais seulement).
[5] ONU Femmes et DESA, op. cit.
[6] Société financière internationale, 2017, (en anglais seulement).